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Date de sortie : 06/01/2014

Style : Black Metal Arabe

Pays : Arabie Saoudite


Note : 15/20
Al-Namrood
“Heen Yadhar Al Ghasq”

Bonne nouvelle, les saoudiens d’Al Namrood sont toujours un groupe underground et toujours ultraconfidentiels dans leur pays. La bonne nouvelle pour eux, c’est surtout que les autorités islamiques ignorent encore ce qu’est le black metal, ce qui préserve Mephisto et ses acolytes de la décapitation (voir notre précédente interview du groupe). Avec témérité, ils ont continué à braver les interdits de la société wahhabite pour délivrer au reste du monde leur quatrième album en 5 ans d’existence.

Sur ce Heen Yadhar Al Ghasq, on retrouve les sonorités arabes mélangées à du black metal qui rendent Al Namrood si particulier. Ce qui frappe dès l’intro instrumentale « Estahalat Al Harb » c’est le son résolument underground. Ce n’est pas définitivement pourri mais c’est évident qu’il s’agit d’une production "maison", dans une cave, à l’abri des oreilles indiscrètes. Bien que le chant soit parfois mixé bizarrement (« Heen Yadhar Al Ghsaq ») ajoutant à cette impression d’archaïsme et malgré quelques blasts ratés (la faute à une drum-machine et le manque de moyens techniques), cette production clandestine donne une saveur particulière à la musique. Un peu comme un alcool frelaté au temps de la prohibition.

Bon, c’est sûr, il faut parfois s’accrocher car c’est très arabe. Les parties de derbouka, bouzouki et oud sont parfois mises plus en évidence (« Bat Al Thaar Nar Muheja ») mais en général, Al Namrood ne se contente pas d’alterner un style et puis l’autre. Tout est mélangé et imbriqué, c’est même moins décousu que sur leur précédent album Kitab Al-Awthan. Composer et enregistrer un tel mélange n’a pas dû être évident dans les conditions qu’on imagine. Je trouve la rythmique encore un peu trop saccadée mais ce sont les sonorités arabes qui veulent ça. Il y a en tout cas un vrai esprit noir et mystique insufflé à cette musique. Comme quoi, les occidentaux n’ont pas le monopole de l’enfer et des sonorités mystiques. Au pays des 1001 nuits, les légendes sont tout autant maléfiques et la réalité est bien plus horrible. Une inspiration fertile pour du black metal.

Dans un Moyen-Orient jamais à l’abri de violence, Al Namrood traduit cela par un « Youm Yukram AlJaban » martial et guerrier. Le meilleur morceau, « Subat », est très violent aussi. Les percussions tribales y sont particulièrement réussies. Ce nouvel album me paraît plus frontal que le précédent album car il y a moins de claviers. Le metal prend un léger ascendant dans l’autre instrumental « Um Al Qashaam » tout en conservant un riff imprégné de mélodies arabisantes.

Un autre changement est à mentionner au niveau du chant. L’ancien chanteur Mudamer a été remplacé par Humbaba (ça ne s’invente pas) qui possède une voix moins arrachée, parfois plus claire et généralement plus grasse et profonde. Le chant n’est pas aussi black qu’avant, il est plus varié. Les morceaux deviennent incontrôlables comme dans « A'aj Al Safeeh » qui est plus chanté et plus incantatoire. Tout au long de l’album, on croirait entendre un vieux marabout qui délire et scande ses prophéties. L’utilisation de la langue locale est d’autant plus appropriée car elle apporte une vraie touche magique et mystique tout autant qu’agressive.

Le fait de se mettre physiquement en danger pour pratiquer sa musique dans un état aussi répressif que l’Arabie Saoudite occulte selon moi les faiblesses de ce quatrième album d’Al Namrood. La clandestinité nécessaire pour produire une œuvre considérée comme blasphématoire explique en grande partie la qualité relative du son et de l’enregistrement. Considérant ces circonstances, la destinée d’Al Namrood est moins de faire connaitre le metal aux arabes que de faire découvrir au reste du monde comment une musique impie occidentale (le métal) peut aussi s’imprégner du passé mythique et du présent bien sombre de la société Moyen-Orientale. Que l’on aime ou pas ces sonorités, on ne peut nier que la qualité intrinsèque des compos est au rendez-vous et que ce n’est pas tous les jours qu’on peut entendre un tel mélange. Dans une société saoudienne à la modernité matérielle apparente mais au conservatisme religieux et à l’oppression politique bien réels, l’audace maquisarde d’un groupe osant s’appeler « le non-croyant » renvoie à l’un des fondements du black metal : la transgression. Rien que pour ça, ils méritent déjà le respect en tant qu’artistes.

Tracklist :

1. Estahalat Al Harb
2. Heen Yadhar Al Ghsaq
3. Youm Yukram AlJaban
4. Bat Al Thaar Nar Muheja
5. Um Al Qashaam
6. Subat
7. A'aj Al Safeeh

 


 
Chroniqué par : VANARKH
 
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