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Date de sortie : 20/01/2012

Style : Black Metal Arabe

Pays : Arabie Saoudite


Note : 15/20
Al-Namrood
“Kitab Al-Awthan”

C’est par je-ne-sais quel hasard que je suis tombé sur ce groupe de black metal répondant au nom d’Al-Namrood qui, d’après la bio du groupe, signifie « le non-croyant ». Voilà un nom bien provocateur pour un groupe originaire d’Arabie Saoudite ! Une provenance aussi étonnante pour un groupe de ce style a suffit à éveiller ma curiosité et me donner l’envie d’écouter ce que les saoudiens ont à proposer dans ce domaine. Le principal commentaire que l’on peut faire est de les encourager dans de tels attentats sonores car la démarche est très intéressante à plus d’un titre.

Le premier aspect se situe hors de la musique elle-même et revêt une dimension aussi sensible que symbolique. A l’heure actuelle, on ne peut que louer le courage de ces trois hommes de braver des interdits aussi contraignants que la loi islamique saoudienne pour créer une œuvre artistique. Cela paraît tellement anodin ici mais n’oublions pas qu’au pays des cheikhs, le simple fait de porter des fringues ou des symboles metal, d’aborder des thèmes anti-religieux ou de jouer cette musique d’hérétiques peut s’avérer dangereux. Pour simplement pratiquer cette musique métallique qu’on vénère tous, Mephisto (guitare, basse, percussions), Ostron (claviers, percussions) et Mudamer (chant) risquent carrément des peines de prisons. Evidemment, ils jouent en quasi clandestinité dans ce pays où l’idée même d’un concert metal est inconcevable. Je n’irai pas jusqu’à les comparer à des résistants mais c’est clair qu’il faut une solide paire de couilles pour faire ce qu’ils font. Et une incroyable dose de motivation et de passion pour la musique.

Le second aspect qui rend Al-Namrood digne d’intérêt est évidemment musical. Car sans cela, on n’aurait sans doute pas évoqué cette sortie. On ne va pas s’attarder sur les deux instrumentaux « Mirath Al Shar » et « Wa Ma Kan Lil Sufha Entisar » qui ont pour but d’ouvrir et clôturer les hostilités, un peu à la façon d’un Nile dans ses délires orientaux où des percussions très amples résonnent. Pour les 7 autres titres qui composent Kitab Al-Awthan, on a affaire à un savant mélange de black metal et de musique arabe. Intrigante alchimie… « Min Trab Al Jahel » démarre toutes guitares dehors et toute distorsion en avant sur fond d’ambiances orientales. Ce morceau est pour ainsi dire coupé par un passage de 2’30’’ où un synthé 100% black metal rempli l’espace sur des rythmiques au djembé et derbuka. Je dois d’ailleurs dire que c’est assez étrange d’entendre du black metal (guitares, claviers et voix) sur de telles rythmiques qu’on croirait presque sorties d’un camp de nomades berbères. « Ashab Al Aika » est plus lent que les autres titres et les parties purement black sont un peu moins présentes. Le trip arabe ressort donc vraiment fort, que ce soit via les claviers traditionnels ou grâce aux instruments arabes à corde (l’oud ou le qanûn) ou à percussion (le tablâ). OK, j’entends déjà les remarques : ce n’est pas nouveau, Melechesh officie dans le metal mésopotamien depuis quelques années déjà. Oui mais Al-Namrood va plus loin qu’eux. Ils utilisent davantage de synthé, sonnent plus black metal et les instrumentations arabes sont encore plus poussées. Ils ont l’art de faire ressurgir la culture arabe et nous plonger dans son riche passé, mystique et glorieux. Mais le vrai tour de force c’est qu’ils arrivent à conserver l’approche incisive propre au metal occidental et la noirceur du black metal scandinave. Ecoutez le troisième morceau, « Hayat Al Khlood » pour vous en convaincre. Ou bien aussi « Kiram Al Mataia » qui offre un mélange des deux styles parfaitement maitrisé et réussi. C’est à la fois de la musique folklorique arabe avec l’intro batterie / sons orientaux et à la fois très black metal quand la guitare s’en mêle avec un riff puissant.

Le chant rêche à souhait est tout à fait crédible et n’est pas sans rappeler celui de Caligula dans Dark Funeral. Dans « Ez Al Mulook », on entend bien que c’est chanté en arabe et le côté rugueux, saccadé et abrasif de cette langue colle assez bien au concept. Ce morceau peut aussi se faire grandiloquent de temps en temps ou plus lourd et purement metal à d’autres. C’est celui qui est le plus basiquement black metal de l’album. Les influences orientales sont moins marquées tout comme dans « Al Quam, Hakem Al Huroob » qui est le plus rapide et le plus chaotique de la plaque. C’est en tout cas bien sauvage et on comprend qu’Al-Namrood n’a rien de guilleret. Ce n’est pas de la musique commerciale pour méchouis ou hôtels touristiques de Djerba. Ça n’invite pas vraiment à danser. Quoique, des danseuses du ventre sur scène, ça serait sympathique. Encore faudrait-il qu’elles suivent le tempo et puis surtout que le groupe ait l’occasion de jouer live…

Le son de Kitab Al-Awthan n’est pas trop chaud pour un groupe du désert mais pas glacial non plus heureusement. La production est en phase avec la musique et est vraiment bonne pour un truc résolument underground. Le problème que je détecte ici est parfois un certain manque de fluidité. Le côté arabisant donne à la rythmique une approche très saccadée qui fonctionne en général mais qui peut lasser et déranger à la longue. C’est d’ailleurs pour cette raison que je n’ai plus écouté Melechesch depuis bien longtemps. Ceux-ci avaient ouvert une brèche et Al-Namrood s’y est engouffré avec davantage de crédibilité du fait de leur origine géographique et avec plus d’inventivité dans le mélange. Evidemment, il faut apprécier un minimum les sons, rythmes et la culture arabe pour adhérer au concept d’Al-Namrood. Je dois bien avouer que tout cela n’est pas trop mon dada mais comme ça reste du black metal à la base, je me suis laissé prendre au jeu sans trop de difficultés. Car finalement, rien de tel qu’un peu de mélange et de diversité pour casser les poncifs et les plans musicaux habituels.

Pour terminer comme on a commencé, hors de la sphère musicale proprement dire, je salue encore une fois leur démarche artistique, l’audace et l’ouverture que cela va créer. Al-Namrood ouvrira peut-être certains esprits occidentaux pétris de certitudes égoïstes et jettera peut-être une passerelle vers plus de liberté, plus d’anti-religion et vers d’autres horizons musicaux pour les arabes. Ce qui est sûr, c’est qu’ils prouvent à tous les sceptiques que le metal est LA musique universelle par excellence et par ce fait même que les aspirations, désirs et goûts des hommes sont universels aussi, quelque soit la culture, l’origine géographique ou sociale. Si j’osais, je dirais qu’Al-Namrood est une sorte de moteur de transgression des clivages et une arme de libération massive pour les opprimés de la sharia et les esclaves de la religion !

 

Tracklist :

1. Mirath Al Shar
2. Min Trab Al Jahel
3. Hayat Al Khlood
4. Ashab Al Aika
5. Al Quam, Hakem Al Huroob
6. Kiram Al Mataia
7. Ez Al Mulook
8. Bani La'em
9. Wa Ma Kan Lil Sufha Entisar 
 
Chroniqué par : VANARKH
 
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