Date de sortie : 25/10/2011

Style : Sludge Metal

Pays : USA

Note : 18/20
Black Tusk
“Set the Dial”Côte: 18/20

Mais qu’est-ce qu’il y a dans la bouffe et dans la flotte à Savannah (Géorgie, USA) pour créer une telle émulation de groupes talentueux ? Ou peut-être est-ce la chope chaude et rance qui énerve les neurones de ces musiciens au point de les pousser à des compositions déjantées, intenses et sans compromis ? Ou bien peut-être est-ce le climat de cet état du Sud de l’Union qui est assommant au point de ne donner d’autre alternative que des sonorités moites, poisseuses et étouffantes ? Après, entre-autres Kylesa et Baroness, c’est au tour de Black Tusk de sortir des marais pour mieux nous prendre aux tripes avec un album de sludge metal pur jus, impressionnant de bout en bout.

Une petite précision s’impose à ce stade pour éviter d’éventuellement parler dans le flou. Le terme sludge metal circule depuis une petite dizaine d’années mais le style auquel il fait référence n’est pas toujours clairement identifié. Si j’en crois wikipedia, il s’agit « d’un sous-genre du metal qui mêle des éléments de doom et de hardcore punk avec parfois des influences de rock sudiste, de stoner ou de grunge ». Plus qu’une définition par styles interposés, le sludge se caractérise avant tout par des sonorités lourdes, chaudes, abrasives, comportant beaucoup de distorsion, de basse et de tempos contrastés. Tout cela définit plutôt bien le son de Black Tusk. Les membres du groupe préfèrent décrire leur musique comme du swamp metal, ce qui signifie littéralement le métal du « marais ». Ce vocable fait clairement référence à la région de Savannah et son climat chaud et humide dont on parlait plus haut. On ne saurait mieux illustrer ce qui se dégage de Set the Dial : c’est gras, poisseux, moite, sudiste, épais, dense. Cela pue la sueur et la bière chaude. Et en détails, ça donne quoi ?

L’intro instrumentale « Brewing the Storm » réussi en moins de deux minutes à poser toutes les bases et l’ambiance de la plaque, même sans chant. C’est lourd, gras et ça donne l’impression d’avoir été enregistré dans un garage (un vrai, celui où il y a de la graisse de moteur et une vieille bagnole). La même grosse guitare accordée très bas se retrouve ensuite sur « Bring me Darkness » qui marque surtout l’esprit grâce à une basse qui claque comme celle de Lemmy. Ce morceau ressemble à du High On Fire sauf que le chant est plus varié puisque chaque membre du groupe pousse des vocalises. Sur tous les morceaux, le chant oscille entre un style criard façon hardcore/screamo (à la Converge par exemple) et une grosse voix bien rauque comme dans du hard rock crasseux. Sur « Ender of All » ensuite, on se dit que Kyuss n’est pas bien loin (en plus heavy quand même). Et puis, il y a toujours cette rythmique affolante. La basse, élément ô combien sous-estimé et trop souvent relégué en fond à peine audible, est ici superbement exploitée. Jonathan Athon a appris à jouer sur du Motörhead, pour sûr.

La batterie est l’autre élément essentiel. Tout comme la basse, elle se taille une belle place dans le mix à tel point que ce n’est plus un simple instrument rythmique de support mais un instrument lead qui apporte son identité aux chansons et, par voie de conséquence, beaucoup de variations de tempo. Exemples avec le break dans « Ender of All » ou avec le côté massif et puissant dans « Mass Devotion », « Growing Horns » ou encore « Crossroads and Thunder ». Inévitablement, on pense à Kylesa. Black Tusk arrive presque au même effet que ses coreligionnaires et cela avec une seule batterie au lieu de deux. C’est à se demander si James May n’a pas 4 bras. Des variations de tempo, il y en a plein aussi dans « Carved in Stone ». Du coup, on n’est pas du tout dans le schéma classique couplet/refrain/couplet. Ils n’hésitent pas non plus à mettre parfois un peu de larsen comme dans le grunge. Ah ben, tiens, puisqu’on en parle, Set the Dial a justement été produit par le godfather du grunge, Jack Endino, à qui l’on doit le Bleach de Nirvana, le Screaming Life de Soundgarden ou plus récemment des albums de High On Fire et Toxic Holocaust.

La section rythmique est magistrale mais la guitare d’Andrew Filder n’est pas en reste pour autant. Au début de « Resistor », la gratte se fait acoustique, limite blues. Mais dans l’ensemble, elle est surtout bien puissante, rude et abrasive à souhait. Sans pour autant oublier quelques lignes mélodiques sympas ici et là (l’un des riffs de « Growing Horns » me fait penser à Turn de Therapy?). Ce qui est sûr, c’est que ce n’est jamais lassant. Même les 4’27’’ instrumentales de « Resistor » passent sans goût de trop peu (à la différence du dernier Karma To Burn). Tous les morceaux s’enchainent sans temps mort pour une écoute d’une traite vraiment passionnante. Les structures non classiques et déconstruites des chansons aident pas mal en sens. Quand ça se termine – et c’est l’unique point noir, ça se termine trop vite, après seulement 34 minutes – on n’a qu’une envie, se le repasser.

Relapse Records ne s’était est pas trompé en signant Black Tusk pour leur 2ème album Taste the Sin, déjà fort prometteur. La confirmation ne s’est guère fait attendre car un an plus tard, Set the Dial est encore meilleur. Ce qui me laisse admiratif, c’est qu’après plus de 60 ans d’histoire du rock ‘n roll, plus de 30 ans de punk et presqu’autant de metal, on peut encore innover et surprendre avec une formule basique de power trio. Pour résumer, disons que Black Tusk, c’est l’histoire de trois mecs qui ont trop écouté Kyuss, Motörhead et Converge pendant qu’ils déliraient à la façon des autres sales gosses que sont Kylesa, High On Fire et Mastodon. Et on pourrait aussi rajouter Down et Crowbar dans la liste des vilains garçons avec lesquels ils ont trainé dans le cambouis, la bière et la poussière. Bref, un album hautement recommandable qui aurait d’ailleurs dû se trouver en bonne place dans mon palmarès de l’année.

 

Tracklist :

1. Brewing the Storm
2. Bring me Darkness
3. Ender of All
4. Mass Devotion
5. Carved in Stone
6. Set the Dial to Your Doom
7. Resistor
8. This Time is Divine
9. Growing Horns
10. Crossroads and Thunder


Chroniqué par : VANARKH