Date de sortie : 11/11/2011

Style : Black Metal

Pays : France

Note : 16/20
Blut Aus Nord
“777 - The Desanctification”Côte: 16/20

Fidèle à l’annonce de Vindsval (chant, guitare), The Desanctification, deuxième volet de la trilogie 777, sort à peine sept mois après son envoûtant prédécesseur Sect(s). Blut Aus Nord n’a pas changé drastiquement son approche sur ce second opus, c’est toujours à un trip particulièrement torturé que vous êtes conviés pendant une quarantaine de minutes. « Epitome VII » en est le condensé idéal, presque le mètre-étalon : longue première moitié tout en dissonances (une pratique que BAN rend toujours aussi fascinante qu’exigeante), terminale et répétitive, garnie de beats électro, temporisation, mélodies discrètes mais lumineuses s’immisçant enfin dans les ténèbres, et finale déstructuré et dissonant parfaitement ahurissant. Bienvenue dans l’univers de Blut Aus Nord.

Encore moins que sur son prédécesseur, la musique de The Desanctification n’agresse frontalement, l’auditeur demeure plongé dans une espèce de cauchemar éveillé, une vase brunâtre et inquiétante. Les Français se plaisent à garder le couteau sur nos gorges sans aller plus loin, et ils le font comme d’habitude avec un talent incomparable (le flux continu, asphyxiant et implacable, de « Epitome VIII », le long et sinueux « Epitome X » qui se répand comme un cancer). Petite différence tout de même par rapport à Sect(s) : l’incursion bien plus régulière de beats électroniques, une option que je préfère personnellement à la batterie programmée que BAN affectionne. Le groupe n’hésite pas à balancer, comme à l’époque de The Work Which Transforms God (2003) ou MoRT (2006), une ambiance indus dégénérative (« Epitome XI »), bande-son idéale des scènes les plus barrées d’un film de David Lynch. Mais on l’a dit et on se doit de le répéter : même en évoluant clairement en marge des « codes » musicaux traditionnels, Blut Aus Nord aime surprendre son monde et aller là où on ne l’attend pas, au moment où on s’y attend le moins. Ainsi, l’entêtant « Epitome XI » retombe brutalement dans une ambiance traînante jusqu’à l’extinction finale. « Epitome IX » est quant à lui un interlude ambiant mystérieux et profond, loin d'un simple remplissage. Mais ce sont surtout les mélodies qui viennent apporter cette touche de couleur unique dans un paysage désolé. Elles surgissent d’entre les riffs dissonants et les râles de Vindsval pour ouvrir sur de vastes étendues oniriques, nous libérant enfin de l’enfer. C’est fou ce que la musique de ce groupe est capable d’alterner asphyxie totale et souffle épique en un seul mouvement, sans perdre en cohérence. A cet égard, il convient de souligner le rôle des claviers, toujours discrets mais ô combien importants pour façonner cette facette de BAN.

S’il m’était d’abord apparu difficile d’élire le meilleur des deux volets de 777, il m’est rapidement apparu que la conclusion de The Desanctification se fait sur un mode mineur. « Epitome XII » reprend le principe de l’ambiance indus, mais c'est hélas bien trop long et monocorde. Le titre aurait sans doute mieux convenu comme interlude. Sur  « Epitome XIII » au chant quasi inexistant, malgré certains délires fiévreux et passages dégénératifs, ainsi qu’une conclusion dissonante et électro (encore), on ressent une baisse d’inspiration, ça manque vraiment de puissance d’évocation par rapport au reste de l’album. Ces deux titres « moindres » ne doivent toutefois pas occulter les grandes qualités de cet opus. Son écoute a beau n’avoir rien d’ « agréable » (il ne provoquera un sentiment de bien-être que chez les plus dérangés d'entre vous), quelle vision incroyable, quelle cohérence, quel jusqu'au-boutisme ! BAN trace sa voie sans jamais se retourner ou se remettre en question. Chacune de ses réalisations doit être considéré comme un événement majeur par l'amateur de musique extrême, et ce n’est certainement pas The Desanctification qui me contredira.

 

Tracklist :

1. Epitome VII
2. Epitome VIII 
3. Epitome IX 
4. Epitome X 
5. Epitome XI
6. Epitome XII 
7. Epitome XIII


Chroniqué par : MASTEMA