Date de sortie : 24/09/2011

Style : Black Metal Atmosphérique

Pays : Kirghizstan / Allemagne

Note : 16/20
Darkestrah
“Khagan”Côte: 16/20

Le Kirghizstan. Voilà bien un pays d’où l’on n’imagine guère sortir un groupe de black metal (ni même n’importe quel type de groupe) tellement cette ancienne république soviétique, coincée entre le Kazakhstan et la Chine, nous paraît lointaine et méconnue. Darkestrah a donc réussi l’exploit de faire parvenir sa musique aux influences kirghizes jusqu’à nous. Point donc de groupe marketé ici mais une musique authentique qui, à force de talent, a réussi à imposer son nom dans le microcosme du BM et poursuit son petit bonhomme de chemin grâce à un EP plus que convaincant.

Aujourd’hui relocalisé en Allemagne, le pays du metal s’il en est, Darkestrah n’en reste pas moins très attaché à ses origines puisque le groupe signale que cet opus vient des sombres montagnes de Mongolie. Pourtant, les sonorités connotées orientales sont moins marquées sur cet EP qu’auparavant. D’ailleurs, j’ai comme l’impression que les années passées par ici ont laissé une trace dans leur son qui s’européanise un peu. La musique de Khagan rejoint davantage le black metal atmosphérique que par le passé. Pour situer cet EP dans leur discographie (déjà riche de 4 albums complets et d’un autre EP), je dirais qu’on est plus proche d’Embrace of Memory que de The Great Silk Road. Le côté pagan/folk de ce dernier en date a été un peu délaissé sur Khagan pour mettre l’accent sur les ambiances et le feeling, soutenus par des tempos légèrement plus rapides.

Mais attention, pas de malentendu, il y a toujours une forte personnalité Kirghize qu’on ne retrouve chez aucun autre groupe de sa catégorie. Par exemple, sur « Saga of Temudgin », on peut entendre quelques chants arabisants/orientaux (le Kirghizstan se situe vraiment au confluent de ces deux mondes) ainsi que quelques instruments traditionnels acoustiques après le break de mi-morceau. Comme ils aiment à le faire régulièrement, Darkestrah introduit aussi quelques sons de combats à l’épée et de chevaux. D’accord, c’est un exercice éculé et ultra courant mais qui s’avère assez bon dans le cas présent et toujours bienvenu pour parer le morceau d’une petite touche païenne et surtout épique. La seconde partie de « Saga of Temudgin » est plus lente, la rythmique plus lourde, l’ambiance plus sombre et le chant masculin se fait profond, grave et litanique façon dark ambient.

Signalons au passage que le chant principal est tenu par Kriegtalith qui, comme son nom ne l’indique pas forcément, est une dame. Difficile en effet d’y détecter la moindre touche de douceur féminine. Ou alors, on parle de féminité violente et écorchée. Ce chant, assez bon au demeurant, reste toutefois très peu présent sur le 3ème morceau. La priorité y est accordée aux mélodies bien étirées des nappes de claviers. Comme on l’a dit, c’est atmosphérique et l’auditeur se laissera emporter assez facilement vers des horizons lointains. Il y a quand même une petite faute de compo sur « Khagan » : le break (carrément un blanc) à la 4ème minute vient couper assez brusquement l’élan et plombe un peu la dynamique et la force du morceau. Heureusement, il redémarre bien et on entend ensuite un peu de violon/violoncelle (déjà utilisé sur l’album Epos) ainsi que des bruits d’ambiance (pluie et orage, comme sur Epos également) que le groupe semble donc affectionner. Si le black metal proposé par Darkestrah sur de Khagan est parmi les plus efficaces et les mieux réussis ces derniers temps, espérons simplement que son côté plus atmosphérique n’occultera pas davantage leurs racines. Le talent du fondateur et compositeur du groupe (Asbath) doit être exploité à fond, notamment au niveau des percussions et des ambiances primitives et rudes que cela apporte.

Darkestrah nous a habitués à de longs morceaux à tendance épique (l’album Epos n’est constitué que d’un seul et unique titre de 33 minutes) et Khagan n’y déroge pas. Les deux longs  morceaux évoqués ci-avant sont séparés par « Onon River », un instrumental joué uniquement à la guitare acoustique qui distille une ambiance presque mystique. Après le combat et avant l’exil, on se pose autour d’un feu, à côté d’une iourte, pour tenter tant bien que mal de se prémunir d’un froid engourdissant. En fait, Darkestrah, c’est exactement cette image-là. On sent littéralement le vent des montagnes des confins de l’Asie Centrale souffler dans nos oreilles.

Cet EP est sorti sur Osmose Productions et marque donc le début de la collaboration entre le fameux label français et le groupe Kirghizo-Germanique. Cette signature devrait apporter à Darkestrah la renommée et les retombées qu’il mérite (plus de concerts par exemple). Cela commencera par la réédition du back catalogue du groupe avec (évidemment !) quelques bonus. Osmose nous offre aujourd’hui une bonne occasion de suivre Darkestrah, un pied dans le passé et un œil vers l’avenir avec cet EP qui marque une étape vers d’autres chefs d’œuvre pour ce groupe d'une grande qualité.

 

Tracklist :

1. Saga of Temudgin
2. Onon River
3. Khagan

 


Chroniqué par : VANARKH