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| Megadeth “Th1rt3en” ![]() En 2009, l’excellent Endgame avait enfin mis un terme à une quinzaine d’années d’hésitation, voire d’errance, pour Megadeth. Bon nombre de fans et d’observateurs s’étaient enthousiasmés à l’écoute de ce disque qui renouait avec un certain âge d’or du groupe, époque que l’on croyait à jamais révolue. Epaulé par son petit prodige Chris Broderick (guitare), Dave Mustaine, bien inspiré par la tendance passéiste qui règne à l’heure actuelle, avait retrouvé l’esprit des œuvres du groupe des années ’80 à la première moitié des années ’90, tout en conservant bon nombre d’acquis (et d’handicaps aussi, malheureusement) plus récents. Tous ceux qui, comme moi, avaient vu là l’espoir d’une fin de carrière en apothéose pour ce grand groupe seront amèrement déçus en découvrant le contenu de ce treizième album (forcément intitulé Th1rt3en, avec son petit effet « cool », vous avez remarqué ?)… Premier élément frappant : la présence sur cette plaque de pas moins de trois titres qui n’ont rien de nouveau. Une version démo de « New World Order » avait en effet déjà été offerte aux fans sur la version remasterisée de Youthanasia (2004), tout comme « Millenium of the Blind ». « Black Swan » fut quant à lui également écrit lors des sessions Youthanasia avant d’être publié plus tard en guise de titre bonus de la version précommandée de United Abominations (2007). Voilà un choix bien étrange, d'autant que ces trois morceaux n’étaient en rien indispensables ! Manque de temps ou d’inspiration, besoin d’arriver au nombre symbolique de treize titres ou volonté manifeste de rapprocher ce disque de Youthanasia (auquel il est effectivement comparable, nous y reviendrons) ? Bizarre, bizarre… Après tout ce temps, seuls des gens de mauvaise foi refuseront d’admettre que Dave Mustaine est un excellent musicien doublé d’un compositeur hors-pair. Mais après Youthanasia, justement, cette qualité s’est progressivement muée en défaut ou, du moins, en élément gênant. Trop concentré sur la qualité des compositions, Mustaine semble aujourd’hui (et cela malgré un Endgame qui, je le répète, représente vraiment une exception notable) avoir perdu de vue l’art du riff, la spontanéité, la rage et l’urgence qui ont toujours été les qualités premières du groupe. Selon les circonstances, cela s’est traduit tantôt par des albums tâtonnants ou déséquilibrés (Risk, The World Needs a Hero), tantôt par des disques plus mûrs et bien écrits, mais bien trop formatés et ennuyeux (The System Has Failed). Th1rt3en fait clairement partie de cette deuxième catégorie, même s’il en constitue sans doute le haut du panier. Ainsi, malgré une introduction lourde et inutilement démonstrative, « Sudden Death » est plutôt un solide morceau, doté de riffs syncopés efficaces, de mélodies bien pensées et d’une partie solo finale affriolante. Le single « Public Enemy No. 1 » fonctionne lui aussi pas mal, son refrain répété tel une ritournelle parvenant à ne pas nous irriter. « Never Dead » se hisse quant à lui sans mal au rang de meilleur morceau de cet opus. Megadeth y resserre enfin le propos autour de l’essentiel : un riff principal qui déchire, des guitares qui envoient la sauce et un refrain entraînant. Enfin, clôturons les réjouissances en reconnaissant au groupe d’avoir su proposer certains titres différents (« Deadly Nightshade », « 13 », « New World Order »), assez rock dans l’esprit mais avec de petits accents inhabituels. Des morceaux intéressants, mais pas transcendants non plus, entendons-nous. Hormis ces quelques titres, il y a hélas très peu de choses dignes d'intérêt sur ce disque. Megadeth déroule toute une série de titres mid-tempo mous du genou, formatés et sans saveur. « We the People », par exemple, ne se distingue que par ses paroles politisées chiantes, sa structure pop et un refrain plus répété encore que dans un tube de Rihanna. Si encore il y avait une touche de folie, un riff assassin ou une vraie mélodie qui fait l’unanimité, mais non, on reste désespérément dans du très passable, sans plus. Malgré son titre racoleur et des intentions louables, « Guns, Drugs & Money » manque lui aussi terriblement de mordant. D’accord, certains riffs ou accroches fonctionnent, mais globalement ce nouveau mid-tempo est aussi gentil que soporifique. Le chant parvient globalement à être décent (Mustaine a bien su contourner ses défauts) et les soli de Broderick, s’ils sont nettement moins nombreux et mis en avant que sur Endgame (qui frisait tout de même la surdose sur ce plan-là), sont impeccables, mais cela ne suffit pas à faire de Th1rt3en un disque un tant soit peu excitant. Il est paradoxal que Mustaine ait voulu proposer, après le bombastique et démonstratif Endgame, un disque bien plus proche de Youthanasia. N’oublions pas qu’à l’époque, Countdown to Extinction avait joué les intermédiaires entre Rust in Peace et Youthanasia. Ici, la transition est nettement plus brutale ! Gardons-nous également de trop rapprocher ce disque de Youthanasia. Certes, l’intention est très semblable, mais pas le résultat. Youthanasia était parvenu à transformer les compos de Megadeth en des titres plus rock que metal, ramassés, efficaces et bien construits. Il y avait beaucoup d’inspiration et de travail derrière ce disque. A l'écoute de Th1rt3en, on reste tout simplement insensibles devant tous ces titres insipides et passe-partout. Qui se souviendra dans quelques années (ou mois !) de titres comme « Fast Lane » ou « Black Swan » ? Th1rt3en n’est guère un disque honteux, Dave Mustaine a trop d'expérience pour encore tomber dans ce piège, mais c’est un disque paresseux. Megadeth peut être une sacrée allumeuse : après nous avoir fait bander comme des ânes avec Endgame, il se barre en riant et sans même nous la sortir du slip… Comme on dit dans ces cas-là : ne soyez pas trop déçus, il y en a bien d’autres avec qui s’amuser !
Tracklist : 1. Sudden Death2. Public Enemy No. 1 3. Whose Life (Is It Anyways ?) 4. We the People 5. Guns, Drugs and Money 6. Never Dead 7. New World Order 8. Fast Lane 9. Black Swan 10. Wrecker 11. Millennium of the Blind 12. Deadly Nightshade 13. 13 | ||
Chroniqué par : MASTEMA | ||
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