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Date de sortie : 15/07/2011

Style : Industrial Techno Black Metal

Pays : France


Note : 17/20
Pavillon Rouge
“Solmeth Pervitine”

Déjà plus d’un an que le premier album complet Solmeth Pervitine des grenoblois de Pavillon Rouge est sorti et le voilà seulement dans ma platine pour des écoutes attentives et… assez passionnantes. Ce n’est donc plus guère de l’actualité chaude et brûlante mais comme il serait dommage de passer à côté de cet ovni musical, il n’est jamais trop tard pour bien faire et évoquer un projet assez novateur.

Avec un nom pareil, on pourrait croire à un groupe de punk chanté en français. Cette langue est bel et bien d’usage ici, pourtant le style musical se situe quelque part entre le black metal, la musique industriel et l’électro/techno. Un mélange très particulier sur papier mais dont on ne comprend l’étendue que lorsque on se prend dans la face « Solmeth Ascension » dont, il faut bien le dire, le début est carrément techno. Voilà quelque chose de pas courant dans mon lecteur, bien plus habitué à des galettes en acier trempé. Mais bon, tout metalleux devrait comme moi vite retomber sur ses pattes (et on terminera même sur le cul) car malgré des beats dominants (surtout dans les breaks), les guitares saturées à l’arrière ne permettent pas de se tromper, ça reste metal. Je doute fort qu’un technoïde (si, si, vous savez, le genre de type qu’on entend arriver à 3 km aux sons de boum boum boum assourdissants dans une bagnole frôlant le bitume) aimerait ce genre de truc. Surtout que le chant de Kra Cillag reste bien black. Pas étonnant, le gars a performé auparavant dans Crystalium, un groupe lyonnais de black metal parmi les plus extrêmes.

Ici, on est assez loin d’un black rapide et brutal, quoique… il y a parfois un certain côté martial que ne renierait pas Aborym par exemple. C’est discret sur le morceau d’intro mais la comparaison avec les italiens est plus évidente dans « Le Grand Tout s'Effondre » car la priorité y est donnée à une guitare très industrielle. Un petit passage en guitare claire, presque new age, s’intègre bien au reste du morceau. Ce break aère ainsi quelque peu une musique très très dense et fournie risquant à tout moment de devenir étouffante et épuisante. Pour un premier album, Pavillon Rouge montre déjà une certaine lucidité dans sa composition et son style. C’est sans doute aussi pour souffler un peu qu’ils ont insérés les deux interludes instrumentaux « Le Cercle du Silence » et « Des Cimes, des Abîmes ». Le premier fait dans l’électro rétro, très eighties, avec quand même sa touche sombre et le second se veut plus mystique et bruitiste. Je n’écouterais pas ce genre de chose isolément mais c’est bien intégré dans l’ensemble de la plaque et judicieusement posé.

C’est en effet nécessaire de reprendre quelque peu ses esprits après les transes futuristes et les trips aux amphétamines que sont « Sept Siècles et le Feu », « Evangile du Serpent » ou « Les Membranes Vertes de l'Espace ». Ce sont des titres franchement indus/techno. Attention, pas de méprise, le chant reste bien black et malsain, quoique toujours intelligible, et la guitare est bien présente, généralement plus en retrait mais toujours déterminante pour l’aspect direct et agressif. Donc, sans négliger un riffing bien metal, c’est la programmation qui dicte le pas dans ces morceaux. Une vraie batterie, c’est courant, c’est chouette mais ici, la rythmique synthétique des machines est excellente et donne une musique hyper entrainante et trippante. A l’écoute de ma chanson favorite, « Sept Siècles et le Feu », un sentiment étrange m’étreint chaque fois. C’est sombre et torturé tout en ayant un côté presque joyeux dans le sens où les beats et les sons électros amènent un certain plaisir sautillant. Le chant en français est très plaisant pour rajouter à l’entrainement des morceaux et donne un je-ne-sais-quoi de gothico décadent. « Sadist Sagitarius » est le seul titre qui déroge à la langue de Molière. Cette reprise de Cinema Strange (groupe américain de gothique punk à la croisée d’un Cure et des Cramps) est bien plus électrisée et boostée que l’originale et du coup se situe tout à fait dans la ligne du reste.

Dans l’ensemble, la présence d’un fond légèrement symphonique et d’un synthé parfois plus aérien n’est pas étranger aux sentiments complexes générés par Solmeth Pervitine. L’approche de Pavillon Rouge n’est pas sans rappeler le black moderne et inventif The Kovenant à l’époque de l'excellent Animatronic (1999) même si les grenoblois poussent encore plus loin la mécanique industrielle et ne s’embarrassent heureusement pas de chant féminin. Finalement, tout s’articule autour de la programmation des beats, sons électroniques et autres bidouillages synthétiques peu familiers dans le monde de chair du metal. Dans « Exubérance/Exaltation », c’est le versant électro (moins techno et donc plus soft) qui domine. Ça pourrait sans problème se trouver sur un album de Pain s’il n’y avait le chant arraché. « Avesta, le Vent Effacera Tout » est le morceau qui affiche le plus clairement les affinités de Pavillon Rouge pour l’électro retro façon années 80 que l’on ressent en filigrane de l’album. Outre la guitare et le chant, le fond est presque du Depeche Mode ou du Joy Division. C’est moins prenant mais je dirais presque tant mieux tant il serait éprouvant de subir 11 titres à un rythme techno black effréné.

J’avoue avoir pris un certain pied à écouter ce Somelth Pervitine où tout est bien foutu, bien callé et à sa place, offrant peu de choses à contester. Mais le gros point fort est qu’il s’agit surtout un album sortant radicalement de mes schémas d’écoute classiquement metal. Les groupes évoluant dans le style techno black metal que joue Pavillon Rouge étant peu nombreux à ma connaissance (c’est en tout cas plus difficile de dénicher une telle perle de fraicheur trippante que de découvrir un énième groupe de death lambda), on ne peut que recommander celui-ci à qui veut bien se laisser prendre au jeu de la nouveauté et de l’inédit dans à un style black metal se mordant souvent la queue. Vivement la suite...

Tracklist :

1. Solmeth Ascension
2. Sept Siècles et le Feu
3. Exubérance/Exaltation
4. Evangile du Serpent
5. Le Cercle du Silence
6. Les Membranes Vertes de l'Espace
7. Sadist Sagitarius (Cinema Strange cover)
8. Des Cimes, des Abîmes
9. Le Grand Tout s'Effondre
10. Avesta, le Vent Effacera Tout
11. Jad XTC


 
Chroniqué par : VANARKH
 
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