"Ceux qu’on aime détester"

Chroniqué par : MASTEMA

En 2013, fait inédit, Metallica est à l’affiche non pas d’un, mais de deux films ! Avant Mission to Lars, documentaire sur un fan britannique autiste partant aux Etats-Unis rencontrer son idole Lars Ulrich en compagnie de sa sœur et de son frère, c’est Through the Never qui sort sur les écrans. Contrairement à l’autre film, celui-ci est une production 100% Metallica. Et quelle production : ce long-métrage baptisé du même nom qu’un morceau du « Black Album » aurait coûté la bagatelle de 18 millions de dollars ! Une bonne partie de ce budget titanesque ayant sans doute été consacrée à la fois à la production scénique impressionnante et à la technologie 3D, dix caméras de ce type tournant en permanence lors des séquences de concert.

Le pari du film – et c’est aussi sa principale (unique ?) faiblesse – est de vouloir proposer une structure inédite, loin des nombreux « films de concert » comme Rattle and Hum (U2), Shine a Light (Rolling Stones), ou The Song Remains the Same (Led Zeppelin), mais évitant également le film de fiction impliquant directement les membres du groupe (comme le ridiculissime Kiss Meets the Phantom of the Park, 1978). L’idée du groupe est d’associer un de leurs concerts à une fiction… le tout en 3D pour garantir une immersion totale.



Côté fiction, Metallica a engagé le réalisateur Nimród Antal (responsable du délirant Predators, en 2010). Bon, n’est pas Martin Scorsese (auteur des fantastiques Shine a Light, déjà cité, mais aussi de George Harrison: Living in the Material World) qui veut, mais Antal fait un boulot sérieux sur ce film techniquement irréprochable. Il se découpe environ ainsi : 70% de concert et 30% de fiction. L’histoire est celle de Trip, jeune roadie du groupe, pour qui le concert des Horsemen s’interrompt rapidement lorsqu’on l’envoie dépanner un camion du groupe en panne sèche quelque part dans la ville. Sur la route dans son van moisi, Trip est victime d’un grave accident de la route qui va faire basculer l’histoire dans un thriller d’anticipation fait d’affrontements entre police anti-émeute et gangs belliqueux, de pouvoirs surnaturels que se découvre Trip et d’un effrayant cavalier de la mort qui pend ses victimes aux lampadaires, le tout dans un décor urbain et apocalyptique… L’image est soignée, les scènes flattant l’œil du spectateur, et la 3D, si elle n’est pas indispensable (comme souvent), ajoute quelques petits effets pas désagréables. Trip est interprété par Dane DeHaan (déjà vu dans Chronicle et The Place Beyond the Pines, et il jouera dans le second volet de The Amazing Spider-Man) qui, s’il ne prononce pas un mot de tout le film, n’en mène pas moins l’action à bout de bras avec talent. Bon casting, donc. Cela dit, malgré ces qualités visuelles et d’interprétation, le volet fictionnel de Through the Never demeure très dispensable, l’histoire ne dépassant pas le niveau de celle d’un clip vidéo, et le « dénouement » laissant le spectateur inutilement sur sa faim (sans vouloir vous ruiner la surprise)… Il semble évident que la présence de cette fiction s’explique principalement en ce qu’elle permet de qualifier Through the Never de vrai « film » et par conséquent de bénéficier d’une sortie en salles.

La pièce principale de ce film est donc, à juste titre, le concert. Celui-ci a été tourné à Vancouver (Canada), sur une vraie date du groupe et avec le vrai public de ce soir-là (et non avec des figurants). Pour autant, il ne s’agit pas d’un concert de Metallica comme les autres puisque la production scénique est inhabituellement riche. La scène, énorme et magnifique, fait jaillir des croix blanches lors de l’interprétation de « Master of Puppets », la statue de « Lady Justice » est de sortie (et détruite) sur « …And Justice For All », la chaise électrique sur « Ride the Lightning », et l’introduction guerrière de « One » n’aura jamais été aussi impressionnante. Un « barnum » qui emprunte donc plusieurs éléments des tournées historiques de Metallica, de sorte qu’on a affaire ici à un vrai « best of ». En termes de production, cet aspect pourrait en gêner certains, peu habitués il est vrai à voir Metallica sortir une artillerie pareille sur scène. Par contre, question set list, aucun fan du groupe qui se respecte n’osera émettre une protestation, si ce n’est concernant la durée du show, puisque pour des raisons évidentes de timing du film, on n’a pas droit à la totalité des morceaux joués à Vancouver. Mais qu’importe ! Comment bouder son plaisir en entendant/voyant les titres d’anthologie que propose le groupe ? Le « Creeping Death » inaugural met tout le monde d’accord en quelques secondes, « Ride the Lightning », « …And Justice For All » et « Hit the Lights » sont de splendides surprises, et « One » et « Master of Puppets » mettent comme d’habitude le feu. Seul léger temps mort, à mon sens : « Cyanide », pas un grand titre de Death Magnetic (on aurait volontiers pris « All Nightmare Long » à la place). Mais à part ça, c’est bombes sur bombes que les musiciens nous proposent. Et cette sélection de morceaux explique à elle seule au moins 70% du plaisir éprouvé à la vue de ce film. Mais ce n’est pas tout.



L’interprétation du groupe, au sommet de son art, est sans faille. Hetfield est impérial, Hammett et Trujillo abattent un boulot monstrueux, et même Ulrich… ne commet pas d’erreurs (!) Mention spéciale à « Hit The Lights », joué dans l’intimité après une simulation de destruction de la scène et de panne de lumière. Une superbe idée puisqu’on y retrouve Metallica débarrassé un instant de tout artifice et envoyant du bois comme à ses débuts. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le groupe choisir d’interpréter justement à ce moment-là un titre de Kill’Em All… Second grand moment à la fin du film lorsque Trip, fourbu après son aventure aux frontières du réel, rejoint la salle de concert vide et s’installe dans les tribunes pour assister au dernier titre, « Orion » (magnifique surprise !), joué par les quatre musiciens assis l’un en face de l’autre. Frissons garantis ! Et quel bel hommage à Cliff Burton, dont le 27e anniversaire de sa mort a été marqué symboliquement par la sortie du film aux Etats-Unis. Enfin, et c’est sans doute le plus important, Through the Never convainc là où je l’attendais le plus : retranscrire l’énergie brute d’un concert de Metallica. C’est bien simple : il s’agit sans doute de l’expérience de concert la plus immersive que j’aie jamais vue, on se croirait vraiment dans la salle ou sur scène aux côtés des musiciens, l’énergie est tellement communicative que c’en est troublant ! Bien entendu, cette immersion est aidée par la 3D (là encore utilisée sans excès), mais aussi par la production sonore (signée Greg Fidelman) très intelligente, car tout reste finalement très brut, c’est comme si on y était !

Metallica a souvent donné le bâton pour se faire battre. St. Anger et Lulu, en particulier, sont des expériences que j’ai très durement jugées, à l’instar de la majorité des fans et d’observateurs. Le groupe ne cesse d’ailleurs pas de susciter des débats enflammés, année après année. Mais malgré ses errements et ses projets complètement foireux, je conclurai en témoignant mon respect pour ce groupe. En dépit à la fois du succès et des critiques qu’ont attiré ses projets « aventureux », Metallica ne s’est jamais reposé sur ses lauriers. Contrairement à l’immense majorité des artistes, célèbres ou non, il s’est constamment lancé des défis, a innové, a suivi ses instincts jusqu’au bout.



Le documentaire Some Kind of Monster, autre aventure pour le moins risquée et inédite dans le domaine musical, en était une preuve, il y a quelques années. Through the Never en est une autre, tout aussi respectable. On critique souvent ce groupe pour son succès, on dit que l’argent l’a rendu aveugle. Je peux le dire puisque je l’ai moi-même exprimé à plusieurs reprises ! Et en effet, Dieu sait s’il a assez d’argent pour s’assurer une belle vie jusqu’à ses vieux jours. Mais alors, pourquoi continuer à prendre des risques ? A se lancer dans des expériences hasardeuses ? A se casser la figure ? Financièrement, Through the Never est une catastrophe (aucune chance que le groupe récupère son investissement colossal), mais Metallica le savait d’avance, Lars Ulrich l’a dit dès le départ ! Alors pourquoi, une fois de plus, se lancer dans un tel projet commercialement catastrophique et sans retombées artistiques évidentes ? Je vais vous le dire : parce que l’objectif n’a jamais été de capitaliser sur le succès du groupe ou de presser le fan comme un citron. Through the Never, malgré ses défauts, est une preuve indiscutable que Metallica a bel et bien gardé le feu sacré et qu’il est conscient d’être redevable envers ses fans. Ce film, c’est un cadeau à ceux qui admirent ce groupe malgré ses défauts, ses échecs et les déceptions. A ceux qui parfois l’ont détesté mais en ne cessant de l’aimer malgré tout.

Alors pour une fois, ne crachons pas dans la soupe !

Tracklist :

01. The Ecstasy of Gold
02. Creeping Death
03. For Whom the Bell Tolls
04. Fuel
05. Ride the Lightning
06. One
07. The Memory Remains
08. Wherever I May Roam
09. Cyanide
10. ...And Justice for All
11. Master of Puppets
12. Battery
13. Nothing Else Matters
14. Enter Sandman
15. Hit the Lights
16. Orion
 
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