La lumière du bout du monde
Partagez cette interview sur FacebookTéléchargez une version PDF de cette interview !
Rock'N'Balls Interview
Read the English version

"La lumière du bout du monde"

Entretien avec Alejandro Arce (batterie)
Interview, traduction et édition par Mastema

 
Ce n'est pas tous les jours qu'on a la chance de s'entretenir avec un groupe chilien, alors il faut en profiter. D'autant plus lorsqu'il s'agit d'un groupe aussi original et talentueux que Mar de Grises. Ce quintet, actif depuis une dizaine d'années, nous a livré l'an dernier un opus qu'on peut déjà qualifier de « majeur », Streams Inwards. Mar de Grises, à l'image de son batteur Alejandro Arce avec lequel nous nous sommes entretenus, n'est guère à l'aise avec les étiquettes musicales. Au fond, elles ne l'intéressent sans doute pas, tout simplement. D'où ce mélange passionnant – car honnête et, surtout, habité – entre mélancolie doom, profondeur death et bien d'autres influences, le tout baignant dans un dépouillement qui fait la part belle à la réflexion. A l'introspection, même. Cerise sur le gâteau, la musique de Mar de Grises ne sombre jamais totalement dans les abysses. Au final, la réflexion l'emporte toujours sur la tristesse, et la lumière sur les ténèbres.

M : Salut Alejandro. En décembre, vous avez fait une tournée européenne avec Swallow the Sun et Sólstafir. Vous n'aviez plus foulé le Vieux Continent depuis deux ans, étiez-vous excités à l'idée de revenir ?

Alejandro Arce : Salut ! Bien sûr que nous étions excités d'y retourner ! On s'en réjouissait ! Ce fut une tournée géniale, c'est certain. Swallow the Sun et Sólstafir sont d'excellents groupes, donc je pense que l'affiche était très attirante pour quiconque aime la musique intense et émotionnelle. Tu sais, tourner à travers l'Europe nous procure encore un petit quelque chose de plus que les autres, étant donné que nous vivons très loin de chez vous, au bout du monde.

M : La musique de Mar de Grises est mélancolique et introspective. N'est-ce pas difficile de traduire les émotions que véhicule votre musique en concert ? Qu'est-ce que ceux qui ne vous ont pas encore vus peuvent attendre d'un concert de Mar de Grises ?

Alejandro : Parfois, c'est difficile, mais l'idée est de faire tout ce qu'on peut afin de créer un ensemble qui comprend les paroles, la musique et la performance live. Et cela pour pouvoir faire passer un message intéressant tout en réalisant nos désirs naturels de création et de communication de notre vision de la vie et de notre univers personnel. Ce sont les deux éléments principaux qui motivent pour nous le fait de jouer de la musique ensemble dans un groupe, sans oublier que cela nous permet de voir, de ressentir et de prendre conscience que l'histoire que nous racontons touche aussi d'autres personnes, d'une façon ou d'une autre. Je pense que c'est proportionnel : au plus la source d'émission et son niveau de « complétude » sont profonds, au plus tu crées un impact. Donc, pour répondre à ta question, ce que les gens peuvent attendre, c'est un message et une expérience profonds et émotionnels. C'est du moins ce que nous essayons de créer lors de nos concerts.

M : Je considère Streams Inwards comme votre meilleure réalisation à ce jour. Comment avez-vous bossé dessus, comparé à vos disques précédents ?

Alejandro : En termes de composition, l'approche était plus ou moins la même que d'habitude, mais peut-être avons-nous fait preuve de davantage de maturité, grâce à notre expérience, au temps passé ensemble et à la solidité des liens entre nous. Juan [note : Juan Escobar, chant et clavier] et Rodrigo M. [note : guitare] sont toujours les principaux compositeurs du groupe, et ils reçoivent dans un deuxième temps l'appui de Rodrigo Gálvez [note : basse], Sergio [note : Sergio Álvarez, guitare] et moi-même pour achever chaque morceau. L'aspect musical du processus peut être décrit, selon le contexte, comme une seule étape ou plusieurs. L'énergie créatrice de Rodrigo M. et de Juan intègre divers éléments émotionnels, d'écriture, d'inspiration et personnels, mais si on se concentre sur l'aspect « groupe » du processus, disons que ça se décompose généralement en trois étapes. D'abord, Rodrigo M. et Juan font écouter leurs compos, qui sont la plupart du temps achevées. Ensuite, nous donnons notre avis, commentons, fournissons des idées, critiquons ou acquiesçons, on apporte notre propre ressenti musical et compositionnel. Enfin, nous arrivons progressivement à concilier la contribution de chacun et nous commençons à jouer et répéter les morceaux le plus souvent possible afin que tous les éléments qui ont contribué à les construire apparaissent naturellement et se fondent dans un ensemble cohérent.

Mar de Grises

« Tourner à travers l'Europe nous procure encore un petit quelque chose de plus que les autres, étant donné que nous vivons très loin de chez vous, au bout du monde. » (Alejandro Arce)

M : Etes-vous du genre à passer beaucoup de temps sur chaque aspect d'un titre, ou aimez-vous préserver le plus possible de spontanéité dans l'écriture ?

Alejandro : Les deux. Nous passons beaucoup de temps sur chaque détail mais nous laissons aussi la spontanéité faire son œuvre pour atteindre le résultat final. Parfois, lorsqu'un morceau est achevé, nous le jouons et le rejouons encore et encore afin que les détails finaux s'imposent d'eux-mêmes, inconsciemment. D'autres fois ça ne se passe pas comme ça mais on essaye de toujours maintenir un certain niveau de spontanéité pour qu'au moins une partie de notre musique soit le fruit de notre subconscient, pour que tout ne passe pas à travers des filtres rationnels.

M : Où l'album a-t-il été enregistré ? Comment s'est déroulée l'expérience du studio, et êtes-vous satisfait du son final de Streams Inwards ?

Alejandro : Nous avons enregistré le nouvel album au Chili mais dans un studio différent (nos deux albums précédents avaient été enregistrés dans le même studio [note : PigPower Studios] et avec le même ingénieur du son), l'Estudio Gris (le Studio Gris), dont Juan et Rodrigo M. sont les propriétaires. Ils se sont également occupés du mixage et du mastering, avec l'aide et les conseils précieux d'Igor Leiva (de l'excellent groupe de doom chilien Poema Arcanus). Nous avons décidé de travailler avec un producteur externe cette fois, afin d'avoir un avis extérieur au groupe qui permette d'éviter la spirale négative de l'aveuglement dans laquelle on entre lorsqu'on réfléchit trop (rires). Igor était la bonne personne pour ce boulot car nous lui faisons confiance dans ce domaine, et il a également produit les derniers albums de son propre groupe. Donc lors de l'enregistrement et la production de ce disque, les choses se sont cette fois déroulées de façon plus structurée et logique, et c'est comme cela que ça aurait toujours dû être fait, en réalité. Même si je regrette parfois cette texture « nébuleuse » qu'avait, par exemple, l'album Tatterdemalion Express [note : 2004], le résultat final de ce nouvel album est clairement meilleur que les précédents. Mais tu sais, tu n'es jamais satisfait à 100% du son car lorsque tu résous un problème, il y en a toujours un autre qui émerge ailleurs. Le cercle vicieux sans fin qui en résulte a pour effet de te pousser à t'améliorer sans cesse.

M : Mar de Grises est communément décrit comme une formation de doom mais il est évident que vous êtes allés bien plus loin que ça sur Streams Inwards. Vous sentez-vous proches de cette scène ? Comment décrirais-tu le style de Mar de Grises ?

Alejandro : Je ne sais pas vraiment. Nos racines sont certainement dans le doom metal mélodique mais je ne sais pas si cette définition nous correspond encore aujourd'hui. Dans notre musique, j'entends du doom, du post rock, du progressif, du death metal, de la dream pop [note : sous-genre du rock alternatif né en Angleterre dans les années '80 et assez peu connu chez nous, qui mélange post-punk, musique éthérée et mélodies pop], etc. Et nous aimons tous ces genres. Mais je ne suis pas très bon avec les étiquettes. La frontière entre un genre et un autre est parfois tellement fine qu'il est difficile d'apposer une étiquette. De plus, c'est celui qui « reçoit » la musique qui est toujours le mieux placé pour fournir des définitions et des commentaires plus précis sur les étiquettes musicales et les influences. C'est lui qui définit les limites de genres, de tendances, etc. Je pense de toute façon qu'il est plus simple de mettre un nom sur quelque chose qui te parvient que sur quelque chose que tu as créé toi-même. Une question de jugement et de nature humaine, je suppose.

M : Comment les fans et les médias ont-ils réagi à l'album, jusqu'à présent ?

Alejandro : Fantastiquement bien, jusqu'à maintenant, mais on ne peut pas encore faire de bilan global à ce sujet, il faut encore attendre un peu plus longtemps. Notre nouvel album recèle quelques changements formels (l'essence reste plus ou moins la même, je pense), donc il n'était pas impossible que certains affirment que notre musique est devenue plus commerciale ou moins élaborée. Mais j'estime qu'évoluer, aller de l'avant et explorer de nouvelles choses n'implique pas forcément d'oublier ce que tu étais. Mais lorsque tu ouvres une nouvelle porte, tu en fermes toujours une autre, tu ne peux rien y faire. Cela dit, je reste confiant que la plupart des gens verront cela comme une évolution positive. Pour l'instant, ils confirment cette impression.


« On essaye de toujours maintenir un certain niveau de spontanéité pour qu'au moins une partie de notre musique soit le fruit de notre subconscient, pour que tout ne passe pas à travers des filtres rationnels. » (Alejandro Arce)

M : Quelles sont vos influences principales, les groupes qui vous marquent ?

Alejandro : Nos influences peuvent se retrouver partout, et sous des formes diverses. Mais en termes musicaux, voici quelques groupes que nous avons toujours appréciés : Neurosis, Ulver, In the Woods, The Dillinger Escape Plan, Anathema, Pink Floyd… Ces groupes-là font partie de ceux que nous aimons en commun. Il y aussi des groupes de doom comme My Dying Bride, Poema Arcanus ou Shape of Despair ; des formations death comme Immolation, Gorguts ou Morbid Angel ; bon nombre de groupes post rock comme Mono, Mogwai, Explosions in the Sky ou Godspeed You Black Emperor ; des compositeurs comme Stravinsky, Arvo Part ou Fausto Romitelli ; des formations hardcore comme Snapcase ou Shai Hulud ; d'autres artistes/groupes comme Sigur Rós, Björk, Deftones, Slayer, Sepultura, Enslaved, At the Gates, Katatonia, Soundgarden, Nirvana, Ved Buens Ende, Virus, King Crimson ; beaucoup de groupes de pop ; de la folk chilienne comme Víctor Jara…et bien d'autres. [note : ouf !!]

Mar de Grises

M : De quoi traitent vos paroles ? Y a-t-il un thème commun, un concept peut-être ?

Alejandro : Absolument. Il existe effectivement un lien entre le concept général de l'album et chaque morceau. Métaphoriquement, le sujet réfère avant tout à l'émotion et à la façon dont on communique avec l'univers et avec tout ce qui nous entoure. Il faut garder à l'esprit que l'émotion est la réponse première à une stimulation de notre environnement, c'est ce qui détermine les motivations, le comportement et le « mouvement » humains, quel que soit le type d'émotion qu'on considère. Donc à cet égard, l'émotion « coule », comme la chaleur ou les forces cosmiques, sous l'effet de la prise de conscience de l'univers. Je pense que tout « coule », tout mouvement est créé par l'univers. La vie humaine est un « courant » de plus, guidé par l'émotion. L'émotion fait couler le courant humain, en quelque sorte, car l'émotion est ce qui détermine le comportement humain, ou le mouvement humain si on se réfère à ce que je viens de dire. Le titre Stream Inwards se réfère dont à ces processus. A cela se rajoutent des métaphores qui, dans la plupart des cas, mènent inévitablement à des sujets « cosmiques ». La référence à ce type de sujets se comprend dans un même ordre d'idées, dans une hiérarchie au sein de laquelle on retrouve aussi le niveau humain et l'émotion. En d'autres mots, je pense que les émotions sont la manifestation la plus réelle de soi en tant qu'élément d'un tout, un tout qui est aussi vivant que nous le sommes, un tout qui est la planète et l'univers. L'émotion peut donc être aussi « cosmique » que la Terre ou le système solaire. L'Homme cherche à « ressentir », quel que soit le type d'émotion. La réflexion est un processus qui finit toujours sur une émotion, et pas inversement ; il est vrai que l'émotion donne également naissance à la pensée, mais tout cela se « termine » toujours par une autre émotion. Je pense donc que l'émotion est toujours ce qui détermine la pensée, quels que soient l'orientation ou le niveau de ce processus. C'est tout aussi réel que la raison, dans un monde où la raison est surestimée. Donc les « courants vers l'intérieur » auxquels se réfère le titre de l'album sont chargés de tout ce que nous sommes, ils sont le cadre de nos mondes intérieurs et déterminent en même temps notre besoin d'expression, de communication et de création.

M : …Raison pour laquelle, sans doute, Mar de Grises ne diffuse que rarement des sentiments morbides ou désespérés. Vous vous exprimez davantage dans un registre plus triste, mélancolique mais néanmoins lumineux.

Alejandro : Nous exprimons parfois ce genre d'émotions, et parfois nous exprimons des émotions radicalement opposées. Nous exprimons simplement ce que nous ressentons, et non ce qu'il « faudrait » ressentir. Mais l'interprétation sera toujours quelque chose de personnel, et diffèrera souvent de l'objectif de celui de l'artiste. Personnellement, je ne pense pas que le doom metal soit nécessairement un genre de musique triste ou dépressif, comme on l'entend souvent. Bien sûr, ça peut l'être, parfois. Mais j'estime qu'une façon plus exacte de se référer à ce style musical est de dire qu'il t'invite à la réflexion, au silence et à l'introspection. Par la suite, le type d'émotion que cela génère et l'étiquette qu'on colle à la musique sont une autre étape du processus, indépendante de la première car l'interprétation est quelque chose de personnel. Et au plus tu plonges dans une réflexion, au plus le risque de toucher à des choses que tu n'aimes pas (des traumatismes, des façons de voir la vie que tu n'acceptes pas, etc.) augmente. C'est bien pour cette raison que tu conserves ce genre de choses profondément en toi, que tu te les caches. C'est pourquoi on considère globalement le doom comme triste. Un exemple particulier : pourquoi, lorsque tu te sens triste ou déprimé, apprécies-tu d'écouter des groupes de doom ? Veux-tu accentuer encore cette tristesse en t'exposant à des messages « tristes » ? Je ne pense pas. En fait, c'est tout le contraire qui se produit : l'accueil et le « refuge » que constitue le doom te réconfortent et t'accompagnent, ils te procurent des sentiments d'auto-identification, etc. Des sentiments qui, en d'autres mots, sont à l'opposé de cette tristesse que tu portes en toi. Cela ne veut pas dire qu'ils vont l'éradiquer, mais plutôt qu'ils vont contribuer à la neutraliser, ce qui donne naissance à une sensation étrange de réjouissance et de contradiction émotionnelle aigre-douce.


« J'estime qu'évoluer, aller de l'avant et explorer de nouvelles choses n'implique pas forcément d'oublier ce que tu étais. Mais lorsque tu ouvres une nouvelle porte, tu en fermes toujours une autre, tu ne peux rien y faire. » (Alejandro Arce)

M : De quels groupes Mar de Grises se sent-il le plus proche, dans la scène metal internationale ? Ou vous sentez-vous totalement isolés ?

Alejandro : Question difficile, non seulement parce qu'il y a tant de groupes, mais aussi parce que cela dépend de ce que tu entends par « proche ». Peut-être les groupes avec lesquels nous avons tourné en décembre (Swallow the Sun et Sólstafir) ou ceux avec lesquels nous avons tourné il y a quelques années (Saturnus et Thurisaz) sont proches de nous en termes de style, et cela permet de se rapprocher encore en tournée. Peut-être aussi qu'inconsciemment, nous nous rapprochons naturellement de groupes semblables au nôtre stylistiquement parlant. En fait, plus j'y réfléchis, plus je pense qu'on partage effectivement certaines choses avec les groupes que je mentionnais. Ce sont des groupes géniaux et intenses.

M : Peux-tu nous relater la naissance du groupe ? Dans quelles circonstances avez-vous décidé de le former ?

Alejandro : Le groupe a été créé fin 2000 par cinq potes du collège qui partageaient certains goûts musicaux et points de vue sur la vie. A cette époque, il n'était question que de former un groupe et vu que le doom metal était le genre que nous aimions tous, nous nous sommes lancés dans cette voie. L'objectif était simplement de jouer dans un groupe et peut-être aussi d'exaucer un désir de communication et d'expression émotionnelle. Mais petit à petit, ça a marché de mieux en mieux, c'est devenu plus structuré et soudain nous avons eu la chance de pouvoir signer avec un label international [note : Firebox Records (Finlande)], de tourner en Europe et d'entendre des gens des quatre coins du globe dire qu'ils aimaient notre musique. Ce que je veux dire, c'est que les choses ont soudain pris une direction imprévue, sans que nous nous en rendions compte. Nous n'avions jamais planifié tout cela, nous nous sommes laissés porter par les événements, nous avons appris et avons commencé à rêver de nouveaux objectifs, tout cela en même temps. Aujourd'hui, rien n'a changé, nous avons toujours beaucoup d'objectifs mais nous préférerons nous concentrer sur les façons de les atteindre plutôt que sur les objectifs en tant que tels. En tant que groupe, notre marge de progression est encore énorme, mais nous aimons évoluer et la musique est devenue une des choses les plus importantes dans nos vies, si pas LA plus importante.

M : Mar de Grises est une des très rares formations chiliennes à être reconnues en Occident. Avez-vous essayé de d'abord croître dans votre propre pays, ou avez-vous décidé immédiatement qu'il fallait tenter votre chance en Amérique et en Europe ?

Alejandro : Comme je l'ai dit, nous nous concentrions beaucoup sur la qualité de la musique et grandir en tant que groupe. Nos objectifs principaux étaient ceux-là. Nous n'avions donc rien de vraiment planifié. Au Chili, nous avons bien sûr toujours essayé de jouer et de répandre notre musique, mais l'opportunité de faire de même en Europe, aux Etats-Unis et dans le reste du monde nous est vraiment tombée dessus. Bien sûr, nous l'avons saisie car l'Europe et les USA sont le centre de gravité du metal, on considère évidemment cela comme une chose très positive pour la croissance du groupe et pour toucher de plus en plus de gens, de cultures, de cœurs et d'âmes.

M : Mais on peut tout de même imaginer qu'en venant d'une si petite scène, il n'est guère facile d'attirer l'attention, n'est-ce pas ?

Alejandro : Oui, provenir d'une petite scène tellement éloignée des centres de gravité (les USA et l'Europe) a souvent été un obstacle, mais c'est aussi une caractéristique particulière, exotique, qui peut nous aider à attirer l'attention. La clé est de savoir comment s'en servir et comment le montrer. Mais tout cela dépend des attentes d'un groupe en termes d'exposition. Si ton but est de toucher plus de gens, d'atteindre un public différent, des cultures différentes, ou de te trouver là où se trouvent les gros marchés musicaux, alors oui, vivre au bout du monde est un réel problème. Les choses ne sont pas faciles ici mais je pense que ces 10 ou 20 dernières années, la mondialisation change rapidement les paramètres et les paradigmes de ce qu'on considère habituellement comme des obstacles. On pense pouvoir maîtriser ce phénomène, mais si tu prends en considération la vitesse à laquelle tout ce qui est lié à la communication et au partage a évolué ces dernières années, il est certain que de grands changements et une imprévisibilité générale sont à venir. En d'autres termes, je pense que tout peut arriver dans les prochaines années, en cela compris le partage de sa musique et tout ce qui y est lié.

Mar de Grises

« Personnellement, je ne pense pas que le doom metal soit nécessairement un genre de musique triste ou dépressif, comme on l'entend souvent. […] J'estime qu'une façon plus exacte de se référer à ce style musical est de dire qu'il t'invite à la réflexion, au silence et à l'introspection. » (Alejandro Arce)

M : Stylistiquement parlant, saviez-vous dès le premier jour où vous vouliez en venir, ou votre style actuel est-il le fruit d'une réflexion et d'une progression plus lentes ?

Alejandro : Nous avons commencé avec l'intention de faire du doom car nous avions cet amour en commun. Mais je dirais que, quel que soit notre style actuel, nous y sommes arrivés progressivement et inconsciemment. Si tu prends du recul, je pense qu'on peut dire qu'on joue toujours du doom ; mais si tu tiens davantage compte des nuances de genres, nous jouons en effet un mélange étrange que je suis incapable de définir. Voilà pourquoi je ne suis pas bon pour mettre des étiquettes ! (rires)

M : Penses-tu que le fait d'être originaires d'une contrée « inhabituelle » peut partiellement expliquer l'originalité de votre style dans la scène actuelle ?

Alejandro : Ca dépend par ce que tu entends par « inhabituelle ». Il est en effet inhabituel pour un groupe chilien de se faire une place dans la scène européenne, donc dans cette perspective-là le Chili est un endroit inhabituel. Mais jouer du metal ou même du doom metal au Chili n'est pas aussi inhabituel que bien des gens le croient. Le pays compte bon nombre de formations metal et doom, mais la plupart d'entre elles n'ont ni le temps, ni l'argent, ni la discipline pour se consacrer à leur groupe professionnellement, ce qui est dû à des facteurs culturels et économiques plutôt qu'artistiques. L'image qu'on se fait du Chili souffre de beaucoup de fausses idées, ce qui est compréhensible tant nous sommes éloignés de tout. Par exemple, notre pays possède beaucoup de particularités géographiques que la plupart des gens ignorent. Bien des gens considèrent le Chili comme un pays tropical alors que ça n'est guère le cas. La géographie elle-même est assez diverse, car le nord est très ensoleillé et aride, avec le Désert d'Atacama, le plus aride du monde [note : il y pleut entre 2 et 4 fois par siècle !], mais le sud est assez nuageux et pluvieux, un peu comme les pays d'Europe du nord par exemple. En fait, une portion de l'Antarctique fait partie du Chili [note : le pays réclame en effet 1.250.000 km² de l'Antarctique, considérés comme une province du Chili depuis 1940 ; mais depuis le traité sur l'Antarctique (1959), les revendications territoriales sont gelées ; cela dit, le Chili est, géographiquement parlant, le pays le plus proche de l'Antarctique]. Le Chili est un pays très varié et contrasté, en termes de géographie et de climat les possibilités sont multiples et permettent d'assouvir de nombreux besoins. Donc dans cette perspective et contrairement à ce que beaucoup pensent, faire de la musique ici n'est pas tellement différent que d'en faire dans bien d'autres endroits.

M : Que regard jettes-tu aujourd'hui sur vos deux premiers disques [note : The Tatterdemalion Express, 2004 et Draining the Waterheart, 2008], par ailleurs très appréciés ? Qu'y changerais-tu si tu en avais l'opportunité ?

Alejandro : Eh bien, il y a toujours beaucoup de détails et de perceptions qui changement et évoluent avec le temps, donc je changerais sans doute quantité de choses, surtout en termes de texture ou de qualité sonores. Par exemple, d'un point de vue de batteur, j'aimerais que la batterie sonne un peu plus fort sur Draining the Waterheart. Mais tu sais, je pense que le mieux est de mettre ce genre de considérations de côté, et en vérité je ne changerais rien après tout, car ce ne sont que des détails et, dans l'ensemble, tout sonne comme il faut.


« L'image qu'on se fait du Chili souffre de beaucoup de fausses idées, ce qui est compréhensible tant nous sommes éloignés de tout. » (Alejandro Arce)

M : Question traditionnelle chez Rock 'n Balls : quel est top top-3 des albums de tous les temps ?

Alejandro : 1)Ved Buens Ende, Written in Waters. A mon sens, c'est le mélange absolument parfait entre l'émotion, l'expérimentation et la créativité dans un album de metal, musicalement et conceptuellement parlant. Et, en tant que batteur, je considère Carl-Michael Eide [note : alias Czral ou Agressor, qu'on retrouve également dans Code, Aura Noir, etc.] comme le batteur de metal le plus créatif; 2)Morbid Angel, Covenant. Le meilleur album de death metal. Que dire d'autre ? Lorsqu'il est sorti, c'était de loin l'album de death le plus brutal, le plus bizarre, le plus rapide et le plus original. Et selon moi, c'est toujours le cas 15 ans plus tard ! Et Pete Sandoval [note : batterie] a créé le fameux blast beat, aucun doute là-dessus; 3)Death, Individual Thought Patterns. Egalement un album parfait du début à la fin. Il figure une des manières les plus intelligentes et cohérentes de mêler le death metal avec des passages plus mélancoliques et mélodiques. En fait, je pense que Death était le premier groupe à expérimenter ce genre de mélanges dans le metal, et il était aussi le meilleur dans ce domaine. Et bon, il avait à cette époque un line-up parfait avec DiGorgio, LaRocque et Gene Hoglan, qui est également un des batteurs de metal les plus créatifs et un des meilleurs « traducteurs » d'un riff de metal dans le langage de la batterie, à mon sens. Quant aux autres membres du groupe, je ne pourrais pas être très précis, mais il ne fait aucun doute que Neurosis fasse l'unanimité, tout comme Pink Floyd. Juan aime Soundgarden, Dark Tranquillity et Arvo Part [note : compositeur classique estonien, un des plus célèbres compositeurs de musique sacrée]. Sergio aime Moonspell, Dissection et Carcass. Rodrigo M. aime Fausto Romitelli [note : compositeur italien moderne] et beaucoup de groupes hardcore, et Rodrigo G. aime In the Woods, Anathema et Klimt 1918 [note : rock alternatif, Italie].

M : Merci beaucoup pour ce long entretien, Alejandro ! Encore félicitations pour l'excellent Streams Inwards ! Je te laisse adresser le mot de la fin à vos fans belges… A bientôt, et encore merci.

Alejandro: Merci à toi et à Rock 'n Balls pour cette opportunité de figurer sur votre site ! Et merci pour ce que tu as dit de notre album. A nos fans belges : un des meilleurs et des plus inoubliables concerts de nos tournées précédentes fut celui donné à Vosselaar [note : au Biebob]. Malheureusement, nous n'avons pas eu l'occasion de passer par la Belgique cette fois-ci mais cela ne dépendait pas de nous. Mais nous nous sommes produits aux Pays-Bas, j'espère que vous êtes venus nous voir là-bas ! A bientôt !






Lire la version française

"The light at the end of the world"

Conversation with Alejandro Arce (drums)
Interview and editing by Mastema

 
You don't often get a chance to speak with a Chilean band, so you shouldn't miss it when it happens. Especially when the band is as original and talented as Mar de Grises. This five-piece outfit, active for about a decade, last year released an album which can yet be described as "major", Streams Inwards. Mar de Grises, just like their drummer Alejandro Arce with whom we spoke, isn't comfortable with labels. Basically, they simply couldn't care less. Hence this exciting mix – as it is honest and deep – between doom's melancholy, death's depth and many other influences. All of this bathes in a bareness which opens to thought. Even to introspection. Icing on the cake, Mar de Grises' music never slips completely into the abyss. In the end, thought always triumphs over sadness. And light over darkness.

M: Hi Juan, how are you doing? In December, you guys did a European tour with Swallow the Sun and Sólstafir. You hadn't come in Europe for the past two years, were you excited to come back?

Alejandro Arce: Hello there! Yes, of course we were excited to go back! We were really looking forward to it! It definitely was a great tour. Swallow the Sun and Sólstafir are great bands, so I think the tour was very attractive for anyone who likes intense and emotional music. You know, touring across Europe has an extra value to us because we live very far from here, at the end of the world.

M: Mar de Grises' music is melancholic and introspective: isn't it hard for you to translate your music in a live setting? What can those who've never see you expect from a Mar de Grises show?

Alejandro: It can be hard, but our idea is to put efforts in creating a whole package in terms of lyrics, music and live shows, in order to provide a consistent message and at the same time achieving a consistent and liberating fulfilment of the natural need of creating and communicating our vision of life/inner world. Those are the two main aspects behind the fact of playing music in a band for us, in addition to seeing, feeling and being aware that the story we tell is being also useful to other people in any way. I think this is proportional; the deeper the source of emission comes from and the level of "completeness" it has, the more you generate impact. So, what people can expect is a deep and emotional message and experience. Or at least that is what we try to generate at our live shows.

M: I think Streams Inwards is your best album to date. How did you work on this record, compared with the work on the previous albums?

Alejandro: In terms of composition, the approach was more or less the same as always, but maybe with a more mature element inside, provided by experience, time and growth as a band. Juan and Rodrigo M. are still the main composers, with subsequent input from Rodrigo G., Sergio and me towards completion of each song. The musical aspect of the process can be described as one step as well as divided in many, depending on the context. There are many and diverse emotional/compositional/inspirational/personal elements behind Rodrigo M.'s and Juan's willing to compose a song, but in order to explain the "band" part of the process, let's say that it generally consists of three steps: first part of the process consists of Rodrigo M. and Juan showing their compositions, most of the time as whole and complete songs. Second part is when we all provide opinions, comments, ideas, discrepancies, agreements and our own personal musical and compositional input. Third part is when we gradually reach some kind of natural flow, an average approval of every compositional/conceptual contribution and then we start playing and rehearsing songs as much as possible in order to let everything related to its growth appear naturally.

Mar de Grises

"Touring across Europe has an extra value to us because we live very far from here, at the end of the world." (Alejandro Arce)

M: Do you spend a lot of time on each aspect of the songs, or are you the kind of band that likes to preserve a certain level of spontaneity in the writing sessions?

Alejandro: Both. We spend a lot of time on every detail but we also spend a lot of time letting the spontaneity work on the songs, their maturity and the final result. Sometimes we finish writing a song and then we just play it over and over again so to let many aspects appear naturally and unconsciously. But well, sometimes we just don't have enough to do that but we try to always maintain a certain level of spontaneity to let some portion of our music come directly from our subconscious, not having passed through rational filters.

M: Where was the album recorded? How did the recording process go, and are you satisfied with how Streams Inwards sounds?

Alejandro: We recorded the new album also in Chile, but in another studio (the two previous albums were recorded in the same studio by the same sound engineer). The new album was recorded in the Estudio Gris (the Grey Studio), a studio owned by Juan and Rodrigo M., who also did the mixing and mastering with key input and advice from Igor Leiva (Poema Arcanus, Chilean high quality Doom band). We chose to work with an external producer this time (as opposed to the other albums) so we could have an external view in order to avoid the downward spiral into blindness which thinking on decisions sometimes produces (laughs). The right person was Igor, who is someone we trust in that regard, and who's also the producer of his band's last recordings. So, when recording and producing the album this time, things happened in a more structured and proper way, as it should always have been, and although I sometimes miss that "cloudy" texture that, for instance, the Tatterdemalion album had, the final outcome of the new album is better than the previous ones. But you know you never are 100% satisfied with the sound because when you solve a certain issue, another one emerges, giving place to an endless vicious circle that which at the same time drives to ongoing improvement.

M: Mar de Grises is described as a doom metal band, but I believe you went far beyond the limits of that genre with Streams Inwards. How close do you feel to that scene, and how would you describe the band, stylistically?

Alejandro: I don't really know. Our roots definitely are melodic doom metal but I don't know if that is still accurate. I hear doom metal, post rock, progressive, death metal, dream pop, etc. in our music. And well, we all like many of those genres. Anyway, I'm not good with labels. Limits between one and another are sometimes so gradual and complex that it is extremely difficult to set a name on them. Besides, the "receiver" is always the one who can provide more accurate definitions and comments regarding labelling and musical influences. The one who "receives" is actually the one who ultimately defines boundaries between what will finally be what in terms of genre, trend, movement, etc. On another hand, I think it is easier to put a name on something that comes to you than something that comes from you. Judgment and human nature I guess.

M: How did fans and media react towards Streams Inwards so far?

Alejandro: They have been great so far, but you know, we can't state an official final opinion regarding this because I think we need to see how this goes for a little longer. There are some changes mostly in form (essence is more or less the same I think) in our music on the last album, so there was the possibility that maybe some would say our music had become more commercial or less elaborated. But I think that moving forward and exploring does not necessarily imply forgetting what you left behind. But you know, when you open a door there is always another closing, and there's nothing to do about it. Anyway, I'm confident that most people will still see this as a positive evolution. But as I said, I think people in general have perceived the same thing so far.


"We try to always maintain a certain level of spontaneity to let some portion of our music come directly from our subconscious, not having passed through rational filters." (Alejandro Arce)

M: What are your influences, some of your favourite bands?

Alejandro: Influences can be anywhere and of any kind. But in terms of musical influences, some bands that we have always liked: Neurosis, Ulver, In the Woods, The Dillinger Escape Plan, Anathema, Pink Floyd… Those are some of the bands that we commonly like. Also other doom bands like My Dying Bride, Poema Arcanus or Shape of Despair; death metal bands like Immolation, Gorguts or Morbid Angel; many post rock outfits like Mono, Mogwai, Explosions in the Sky or Godspeed You Black Emperor; composers like Stravinsky, Arvo Part or Fausto Romitelli; hardcore bands like Snapcase or Shai Hulud; other bands/singers such as Sigur Rós, Björk, Deftones, Slayer, Sepultura, Enslaved, At the Gates, Katatonia, Soundgarden, Nirvana, Ved Buens Ende, Virus, King Crimson; many pop bands; Chilean folk like Víctor Jara..and many more.

Mar de Grises

M: What are the record's lyrics about? Is there a common theme, a concept maybe?

Alejandro: Yes, there is indeed a common idea between all the lyrics. Metaphorically, it refers to emotion as the main connection and language of the self with the universe and everything around. Having in mind that emotion is the immediate response to environmental stimuli, it is what determines human motivation, behaviour and "movement", regardless of the type of emotion. So, in that regard, emotion streams, just as heat or forces at a cosmic level, as a result of the manifestation of consciousness of the universe. I think everything streams; all movement is created by the universe. Human life is another stream, guided by emotion. Emotion streams the human stream, so to speak, because emotion is what determines human behaviour, or human movement, from the mentioned perspective. So the title Streams Inwards refers to these processes, coated with metaphors that in many cases inevitably resulted in "cosmic" topics due to what I tell you. Therefore, the use of this kind of topics lies in another level of an aligned hierarchy; the human level and emotion. In other words, I believe emotions are the most real manifestation of the self as part of a whole, a whole that is just as alive as we are, being the planet, and the universe. So, emotion can be as "cosmic" as planet Earth or the Solar System. Man seeks to feel, whatever the kind of feeling or emotion. Thinking is a channel that always ends in emotion and not vice versa, although emotion is indeed what also gives birth at the same time to thought, but always "ending" on another emotion, so I think emotion is what always determines thought, whatever the direction and the step of the process; it is just as real as rationality is in a world where rationality is overrated. So the streams inwards to which the title refer carry everything that we are, they give form to our inner worlds and at the same time they model our need to express, communicate and create.

M: …Which is probably why Mar de Grises doesn't often express morbid or desperate feelings, but something sadder, melancholic yet luminous.

Alejandro: We sometimes express this kind of feelings, and sometimes we express feelings completely opposed, we just express what we feel like to, despite of what must be. But interpretation will always be something personal and many times very different to the creation of what's being interpreted. Personally, I don't think that doom metal is necessarily a sad or depressive kind of music as it is often referred to. Of course it can sometimes be. But I think a more accurate way to refer to this kind of music is to say that maybe it invites you to reflection, silence and introspection, but the subsequent type of feeling awakened and the relevant labelling that can maybe be part of the same process constitute another step, mostly independent from the first one because interpretation is something personal. And the deeper reflection digs, the more the possibility to find something you don't like (traumas, visions of life you don't accept, etc.) increases; that is why you keep it there, hidden from yourself. Hence the general vision of doom as sad. A specific example: when you feel sad or depressed, why do you enjoy listening to doom bands? You want to increase that sadness exposing yourself to "sad" messages? I don't think so. In fact, what happens there is something opposite; the reception and "shelter" that doom provides you awakens feelings that comfort and accompany you, feelings of self identification, etc. Feelings that, in other words, are opposed to that sadness you bare within. This does not imply that they will eradicate that sadness but that they will contribute to neutralize it, resulting in a strange feeling of rejoice and bittersweet emotional contradiction.


"I think that moving forward and exploring does not necessarily imply forgetting what you left behind. But you know, when you open a door there is always another closing, and there's nothing to do about it." (Alejandro Arce)

M: What bands do you feel Mar de Grises is closest to, in today's international metal scene? Or do you feel completely isolated?

Alejandro: Hard question, because there are many bands and it depends on what we understand by "close". Maybe the bands we toured with in December (Swallow the Sun and Sólstafir) or the bands we toured with a couple of years ago (Saturnus and Thurisaz), are bands we are close to in terms of style and that gives place to being close also in a tour. Maybe without even giving much thought to it and unconsciously, we are being close naturally with similar bands in terms of style. Actually, I think that we indeed share some musical features with the bands I mentioned, great and intense bands by the way.

M: Can you come back to the band's birth? When and how did you guys decide to form a band?

Alejandro: The band started in late 2000 with 5 college mates who shared similar musical tastes and points of view regarding life. In those days, we just wanted to make a band and doom metal was the metal genre we shared the most, so we started a doom metal band with the purpose of just playing in a band and maybe fulfilling a natural need of communication and channelling of feelings. But things began to gradually work in a very structured way and suddenly we had the opportunity of signing on an international record label, touring in Europe, having people in every corner of the world telling us that they like our music. What I want to express is that without even noticing, things were working in a way we didn't expect. It is not that we had planned everything, so as things were working, we were also learning, setting and dreaming about different an unexpected goals, all at the same time. And things are still the same... we are still working towards many goals without thinking too much on reaching them, but rather on the process of reaching them. There is still a long road ahead in terms of growing as a band, a road that we enjoy and has turned into one of the most important things in our lives, if not the most.

M: Mar de Grises is one of the very few bands hailing from Chile and making it on the international scene. Did you first try to expand in your own country, or did you quickly decide to get your name out in America and Europe?

Alejandro: As I said, we have been working very hard and consistently on making good music and growing as a band. Those were the main goals. We never planned that much. Of course we have always been working on showing our music and spreading our name in Chile, but suddenly we had the opportunity to do so in Europe, the US and the rest of the world, and of course we took it, because Europe and the USA are the main metal scenes, so of course we consider that opportunity to be something positive for the band's growth and, ultimately, for reaching more and more cultures, people, hearts and souls.

M: But one can imagine it wasn't easy, hailing from such a small scene, to gather attention.

Alejandro: Yes, being in this small scene and this far from where the core metal scene is (USA and Europe) has been a hurdle in many ways, but it can also be a distinctive and exotic feature that can help to gather attention. The key is to know how to address it and show it. But it all depends on what the expectations of a band are in terms of spreading what it does. If your goal is to reach more people, or taking your music to a different type of ears, cultures, people in general, or to where the big metal market is, I think that indeed, living in the end of the world is an obstacle. Things are not easy here but I think globalization is an important factor the last 10 or 20 years, it is changing increasingly fast the parameters and paradigms of what can be seen as an obstacle. It seems something predictable, but if you compare the speed of the changes in communication over the last years, everything points to big changes that are constantly evolving to unpredictability; in other words, I think anything can happen in terms of communication over the next years, also in the means of spreading your music and everything related to it.

Mar de Grises

"Personally, I don't think that doom metal is necessarily a sad or depressive kind of music as it is often referred to. […] I think a more accurate way to refer to this kind of music is to say that maybe it invites you to reflection, silence and introspection." (Alejandro Arce)

M: Stylistically speaking, did you know from very early on what kind of music you wanted to play, or did you progressively evolve to the genre you're known for today?

Alejandro: We started with the purpose of making doom metal because we had the like for doom metal in common. But I would say that whatever genre we are now, we evolved to it progressively and unconsciously. If you look at it with some perspective, I think we still play doom metal; if you take into consideration every genre, we indeed play a weird mix which I wouldn't be able to define. See, that's why I'm no good with labelling! (laughs)

M: Do you think the fact that you come from an "unusual" place helped the band in creating its unique style?

Alejandro: It depends on what you mean with "unusual". It is indeed unusual for a Chilean metal band to achieve something on the European scene, so in that regard Chile is an unusual place. But making metal or even doom metal in Chile is not as unusual as many people think. Chile has many metal bands and also many doom metal bands, but the thing is that many people just don't have the time, money or discipline to dedicate themselves to a band in a more professional way, and this is due to cultural/economical aspects, more than musical aspects. There are many common misconceptions about Chile and of course we understand that because we are very far. For example, our country has many geographic features that many people are not aware of. Many people have the impression that Chile is a tropical country when it is not. The geography itself is quite varied because the north is very sunny and arid, with the Atacama Desert, the driest of the world. In opposition, the south is quite cloudy and rainy, just as rainy as countries of northern Europe for instance. In fact, a portion of the Antarctica is part of Chile. Chile is a very varied country and full of contrasts, so in terms of geography and climate it provides many possibilities and it can readily satisfy the needs that a certain mood dictates. So, making music in this aspect is not as different as making music in many other places, as opposed to what many people think.

M: What is your view today of the band's first two records, The Tatterdemalion Express and Draining the Waterheart? If you could change something to them, what would it be?

Alejandro: Well, there are always many things and perceptions that change and evolve as time passes, so there are many things that I would change, mostly in terms of sound texture or quality. For example, in a drummer's view, I would like the drums to sound a little bit louder on the Draining the Waterheart album. But you know I think it's better to put these things aside and the truth is that I wouldn't change anything after all, because they are just details and things have worked well anyway.


"There are many common misconceptions about Chile and of course we understand that because we are very far." (Alejandro Arce)

M: Last and traditional Rock 'n Balls question: what is your all-time albums top-3?

Alejandro: 1)Ved Buens Ende's Written in Waters. In my opinion, it is an absolutely perfect mixture between feeling, experimentation and creativity in a metal album, musically and conceptually speaking. And as a drummer, Carl-Michael Eide is in my opinion the most creative metal drummer ever; 2)Morbid Angel's Covenant. Best death metal album ever. What else can I say? When it came out, it was by far the most brutal, bizarre, fast and original death metal creation. And I think that more than 15 years later, it still is! And Pete Sandoval created the famous blast beat, no doubt about that; 3)Death's Individual Though Patterns. It is a perfect album too, from beginning to end. It presents one of the most intelligent and consistent ways of mixing death metal with more melancholic and melodic tunes. Actually I think Death was the first band to start experimenting on that mixture in metal, and the best band to do so. And well, perfect line up with DiGorgio, LaRocque and Gene Hoglan, who is also one of the most creative metal drummers ever and also one of the best "translators" of a metal riff into the language of drums in my opinion. As for the guy's favourite albums, I couldn't tell exactly, but no doubt Neurosis is one of the favourite bands for everyone, also Pink Floyd. Juan loves Soundgarden or Dark Tranquillity and Arvo Part. Sergio Loves Moonspell, Dissection, Carcass. Rodrigo M. loves Fausto Romitelli and many hardcore bands, and Rodrigo G. Loves In the Woods, Anathema and Klimt 1918.

M: All right, thanks very much for this long interview Juan! Congratulations again for the amazing Streams Inwards! You can leave a few last words for your Belgian fans right here… Thanks again, and take care.

Alejandro: Thanks to you and Rock 'n Balls for the opportunity to appear on your website! And thank you for your words regarding our new album. And to the Belgian fans, one of our best and unforgettable dates of our last tours was the one in Vosselaar, but unfortunately we didn't go to Belgium this time, it didn't depend of us, but we went to the Netherlands, so hope you caught us there. Cheers!



Interviewé par : MASTEMA
 
RETOUR
 
+ DE LIVE REPORTS

16-06-2016
  TREMONTI + MAN THE MIGHTY + CROBOT
Theater (Heerlen, NL)

30-05-2016
  KORN / BEYOND THE BLACK
Ancienne Belgique (Bruxelles, BE)

20-02-2016
  SYMPHONY X / MYRATH / MELTED SPACE
Biebob (Vosselaar, BE)

14-02-2016
  DAGOBA / LIGHTMARE
L'Entrepôt (Arlon, BE)

 

30-12-2015
  MONARCH / BIRUSHANAH / ORNA
Magasin 4 (Bruxelles, BE)

17-11-2015
  SLAYER / ANTHRAX / KVELERTAK
Ancienne Belgique (Bruxelles, BE)

11-11-2015
  VREID / KEEP OF KALESSIN
Kultur Fabrik (Esch-sur-Alzette, LU)